Anne-Christine Poujoulat, seule femme photographe de presse à l’AFP France

Portrait

Le Festival Les femmes s’exposent continue de faire briller les talents féminins, à l’image d’Anne-Christine Poujoulat, seule femme photographe de news à l’AFP France. L’occasion d’aborder son travail dans le cadre de cette seconde édition où elle dévoile près de trente ans de photos d’actualité, visibles jusqu’au 31 août.

Anne-Christine Poujoulat, seule femme photographe de presse à l’AFP France

Anne-Christine Poujoulat travaille pour l’Agence France-Presse depuis vingt-huit ans, affiliée aux 270 reporters-photographes qui couvrent l’actualité à travers le monde. Si le milieu des agences télégraphiques (AFP, Reuters, EPA, AP…) se présente comme mixte, elle reste la seule femme reporter-photographe de news dans son domaine dans l’Hexagone. Son exposition en terre normande montre toute la diversité des reportages qu’elle a réalisés au fil de sa carrière. Dynamique et enthousiaste, cette photographe, originaire du sud-est, a longtemps travaillé à Marseille avant de s’installer à Paris où elle officie désormais depuis un an pour couvrir essentiellement l’actualité sportive.

Anne-Christine Poujoulat, seule femme photographe de presse à l’AFP France

Travailler avec le réel

Devenir photographe, Anne-Christine Poujoulat le désirait depuis ses dix ans mais c’est à partir du lycée que le métier de reporter-photographe s’est révélé à elle. « J’ai baigné dans l’univers de la photographie grâce à mon père. Il avait son propre labo et j’ai pu faire mes premières images avec lui. Je me suis nourris de magazines, de livres et de nombreuses images de l’agence Magnum. Le reportage m’a très vite captivée et j’ai découvert l’AFP. Je trouvais fascinants le fonctionnement, la structure, la mission de l’information, et j’ai effectué mon premier stage au service photo ». Elle n’a depuis jamais quitté l’agence, succédant à une autre et seule femme photographe à l’époque, Michèle Danyau.

Anne-Christine Poujoulat, seule femme photographe de presse à l’AFP France

Elle a ainsi couvert de nombreux domaines, comme le social, les campagnes politiques, le culturel (festival de Cannes), les sujets environnementaux, les catastrophes, les faits divers et bien sûr l’actualité sportive : « Je suis curieuse de toutes les situations. C’est une chance à l’AFP de pouvoir pénétrer tous les milieux, d’avoir une matière qui se renouvelle sans cesse. J’aime l’idée de travailler avec le réel et des contraintes existantes. Quelle image vais-je pouvoir concevoir pour relater l’événement ? Celle qui aura sa petite alchimie avec le cadrage, la lumière, l’attitude de la personne ? J’aime quand tout fait sens ».

Anne-Christine Poujoulat, seule femme photographe de presse à l’AFP France

Capter l’instant

Si son métier la confronte souvent à l’imprévu et à l’urgence, elle ne cherche pas la photo symbolique ni le sensationnel : « Il faut surtout être attentif et ne pas rater l’instant d’après qui sera sans doute l’instant décisif d’une compétition sportive. Il y a des photos importantes et des photos symptomatiques de l’événement, c’est celles-ci qu’il ne faut pas rater. Dans le sport, tout se passe dans des instants brefs et successifs qui font la photo. Sur un match de foot, l’instant du but et de joie qui suit est important. De manière générale, les joies des sportifs ont une énorme charge émotionnelle. Dans le déroulé de cette joie, il y a toujours un moment où le sportif a une plus grande intensité. C’est ce qu’il faut capter à des degrés et des intensités diverses ».

Anne-Christine Poujoulat, seule femme photographe de presse à l’AFP France

Son travail consiste également à savoir composer avec les aléas : « Je me souviens, c’était un match de Coupe du monde de foot au Brésil avec l’équipe de France. Il démarrait à 15h et j’étais en contre-jour total. Techniquement, c’était compliqué : j’étais dans l’ombre, le soleil était derrière, la lumière était hachée. Je n’avais pas eu le temps de faire des images pour être sûre d’être bien calée. Les Français ont ouvert le score rapidement grâce à Giroud. Sa joie s’est alors tournée vers moi. J’avais mes photos, j’étais soulagée ! ».

Anne-Christine Poujoulat, seule femme photographe de presse à l’AFP France

S’adapter aux situations

Pour Anne-Christine Poujoulat, le photographe de news est un « métier de rencontres », qui permet de casser les à priori et de changer son regard en se confrontant à des univers parfois éprouvants et aux charges émotionnelles très fortes : « Le crash du vol de Germanwings, l’attentat de Nice et la mission sur le porte-avions Charles de Gaulle, au large de la Syrie, ont été pour moi des moments très difficiles à couvrir. Les inondations aussi ; on croise des gens qui ont tout perdu, la détresse est partout. Les incendies sont également très compliqués, mais ce ne sont pas les mêmes dégâts, on parvient presque à protéger des maisons. En revanche, prendre des photos est plus dangereux car il faut être au plus près du site ».

Anne-Christine Poujoulat, seule femme photographe de presse à l’AFP France

Peut-on cependant tout photographier quand il s’agit de l’humain ? Elle reste prudente dans sa réponse car elle n’a pas été confrontée à tout : « À priori, quand le réel existe, les gens peuvent le voir mais doivent-ils le voir ? C’est un autre point », souligne-t-elle « Il est question de distance physique et de manière de relater l’évènement. Pour les règlements de comptes à Marseille, je trouve préférable de ne pas avoir à photographier le corps non recouvert du drap. Certaines zones d’Amérique et du Brésil les montrent quand ils parlent de guerre des gangs. Expliquer et raconter la violence de certains milieux passent par ces photos de corps. À Marseille, je ne vois pas la nécessité de le montrer ».

Anne-Christine Poujoulat, seule femme photographe de presse à l’AFP France

Susciter les vocations

Sa carrière dévoile ainsi un portfolio riche, aux couleurs intenses, où l’information et l’esthétique se répondent, jouant sur la linéarité et la géométrie de l’environnement, avec au coeur de l’action, l’humain. Des instants forts que cette adepte de Nikon a su capturer en images : « L’évolution a été impressionnante entre le D3, D3S, D4S, et le D5 que je trouve parfait. J’utilisais de grosses optiques, comme les 400 et 600, au bureau de Marseille. Je travaille aujourd’hui avec deux D5. J’oublie l’appareil, c’est agréable. J’aime la balance des couleurs, l’autofocus, l’ergonomie, la prise en main, et les optiques sont excellentes. Je me régale avec le 105, j’utilise aussi le 35, le 24-70, 70-200. Pour le sport, je prends le 180-400, c’est parfait ».

Anne-Christine Poujoulat, seule femme photographe de presse à l’AFP France

À travers son exposition à Houlgate qui retrace sa carrière sur le terrain, Anne-Christine Poujoulat s’estime chanceuse : « Si le festival peut susciter des vocations dans mon domaine, tant mieux ! Je ne me suis jamais empêchée et c’est ce que je conseille à la jeune génération de femmes photographes. Rien ne les empêche de faire ce qu’elles ont envie de faire, et surtout pas parce que sont des femmes ». Aujourd’hui, elle couvre le Tour de France et enchaînera à la rentrée la Coupe du monde de rugby au Japon, tout en continuant de suivre l’actualité sportive dans les bureaux AFP de Paris où elle se sent bien.

Anne-Christine Poujoulat, seule femme photographe de presse à l’AFP France

Actuellement, dans le cadre de son travail, Anne-Christine utilise 2 boitiers Nikon D5 et en fonction des reportages, différentes optique : 500mm, 180-400mm, 80-400mm, 70-200mm 2.8, 24-70mm 2.8, 105mm 1.4, 35mm 1.4, 16-35mm et un 28-300mm pour s’adapter à toutes les situations.

AC-Poujoulat

Anne-Christine Poujoulat

Anne-Christine Poujoulat travaille pour l’Agence France-Presse depuis vingt-huit ans, affiliée aux 270 reporters-photographes qui couvrent l’actualité à travers le monde.

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  1. Gaudel dit :

    je suis photographe pro
    toutes ces photos est parfait aucun reproche a faire
    super professionnelle

  2. Kieme dit :

    J’aime beaucoup le travail de cette photographe. Seule photographe femme de l’AFP? C’est le moment que cela change.

  3. G. H. Mauras-Stein dit :

    Quelle force ! Travail magnifique.
    La seule femme photographe à l’AFP – quelle honte pour l’AFP !
    Avec toute mon admiration.

  4. Amette Pascal dit :

    La Passion est vraiment palpable aux travers de ses photographies, j’admire sont travail du peut que j’ai vu.