Ce n’est pas le matériel qui fait le photographe. Loin de nous l’idée de remettre en cause ce précepte. Mais à l’occasion des cent ans de la marque, un tour d’horizon des plus grands photographes de l’histoire s’imposait. Nikonistes de la première heure ou utilisateurs passagers, leurs photos iconiques ont marqué tous les esprits.

Photojournalistes / Reporters

 

David Douglas Duncan – né le 23 janvier 1916 à Kansas City

Prendre une photo de John Dillinger, accessoirement le braqueur le plus recherché des USA à l’époque de la Grande Dépression, tentant d’extirper des flammes d’un hôtel un attaché-case… Il y a pire comme entrée en matière.

Le pionnier. Sans lui, les objectifs Nikkor auraient encore peut-être tardé à se diffuser dans le monde. Surnommé « la légende vivante » au Japon, David Douglas Duncan (ou DDD / lien interview), s’est fait connaitre pour ses reportages sur la guerre de Corée. C’est à cette occasion qu’il fut séduit par les optiques Nikkor d’un de ses collègues japonais. Il contribue à la légende du photojournalisme des années Life. Il couvre ainsi l’Inde, la Turquie, L’URSS, le Moyen-Orient, le Vietnam (deux livres chefs d’oeuvre anti-guerre : I Pretest et War Without Heroes). Les figures de la géopolitique passent sous son objectif : Gandhi, Krouchtchev, Nasser, Nixon… Il se lie d’amitié en 1956 avec Pablo Picasso, une solide relation qui durera jusqu’à la mort du peintre en 1971. Certains des plus grands clichés du maître sont signés DDD.

Un homme du 20eme siècle, centenaire, né dans le Kansas et qui s’est installé depuis une cinquantaine d’année du côté de Mouans-Sartoux, dans les Alpes Maritimes. Une certaine idée de l’humilité pour un parcours des plus classieux. Relisez à cette occasion notre interview avec lui.

Gordon Parks – né le 30 novembre 1912 dans le Kansas – mort le 7 mars 2006

« Ce que je veux, ce que je suis, ce que vous m’obligez à être, c’est ce que vous êtes. Car je suis vous, et je vous dévisage dans le miroir de la misère et du désespoir, de la révolte et de la liberté. »

Photographe parmi les plus influents du 20eme siècle, Gordon Parks constitue la figure du reporter humaniste. Dénoncer, témoigner, documenter sur la misère sociale, le besoin de justice, les tensions raciales, les droits civiques, la vie urbaine. Une vie de combat. Il considérait lui-même son appareil comme une arme.

Ayant débuté comme photographe documentaliste sur la société américaine des années 40, il devient freelance à partir de 1943. Il sera ensuite engagé par Life qui publie ses photos du leader noir Red Jackson dans le Harlem de 1948. Il documentera sur les luttes pour les droits civiques, de la ségrégation des années 50, en passant par les blacks muslims, Malcolm X, l’émergence d’un certain Muhammed Ali.

Gordon Park sera le premier afro-américain à écrire et réaliser un film produit par un studio hollywoodien : les sentiers de la Violence (1978). Il connaitra un grand succès avec Shaft en 1971.

Larry Burrows – né à Londres le 29 mai 1926 – mort au Laos dans une explosion d’hélicoptère le 10 février 1971

Un destin tragique pour un photographe qui révolutionnera l’image de la photo de guerre avec ses clichés sur le Vietnam. Après avoir photographié la société britannique et le monde politique des années 50, Larry Burrows partira pour couvrir le Vietnam. C’est le reportage « With a brave crew in a deadly fight » de 1965 publié dans Life qui le fait connaitre. Au plus près des combattants, dans le sale et le sang, ses photos sont devenues des icônes de l’horreur humaine.

Accompagné de 3 autres photographes, il trouvera la mort lors de l’explosion de l’hélicoptère qui l’embarquait pour couvrir l’offensive sud-vietnamienne au Laos en 1971. Nous vous invitons à lire l’hommage écrit par Hervé Le Gall pour shots.fr, « les photos de Larry Burrows m’ont fait entrer dans le monde des adultes ».

Tim Page – né le 25 mai 1944 dans le Kent (Royaume-Uni)

Né en Angleterre, il cherche à l’adolescence à partir en Australie… pour finir par s’arrêter au Pakistan en 1962, puis à Saigon en 1965, à tout juste 20 ans. Il travaille ainsi avec Time Life, Paris Match, l’Associated Press. Un parcours mythique qui lui colle à la peau pour en faire le parfait baroudeur. Multiples blessures au Vietnam, en garde à vue avec un certain Jim Morrisson, la guerre des 6 jours, la Bosnie. Tim Page est de ces figures réelles qui dépassent la fiction. Il servira d’ailleurs d’inspiration principale pour le rôle du photographe interprété par Dennis Hopper en roue libre sur Apocalypse Now (1979).

Le collectionneur Thierry Ravassod a d’ailleurs réussi à mettre la main sur un Nikon F certifié Tim Page.

Il milite depuis pour lutter contre les traumatismes des photographes nés de la guerre. (Ambassadeur de l’ONU en Afghanistan en 2009 ; l’ouvrage Requiem, une compilation de photographies prises par des photographes morts pendant la guerre du Vietnam)… Il a enfin réussit son premier objectif puisqu’il vit à Brisbane en Australie.

Steve McCurry – né le 24 février 1950 à Philadelphie

Sans cesse associé à la fameuse photo publiée dans le National Géographic en 1982, « the afghan girl », Steve McCurry est l’un des photojournalistes les plus prolifiques des 40 dernières années. Il débute ainsi sa carrière en Inde en 1978. Il couvre ensuite tous les conflits majeurs : guerre Iran/Irak, guerre civile libanaise, le Cambodge et les Philippines, la première guerre du golfe ou bien encore la guerre en Ex-Yougoslavie, le 11 septembre et l’Afghanistan. Prise avec un Nikon FM2 couplé avec un Nikkor 105mm f/2.5 AIs, « The Afghan girl » a contribué non seulement à la carrière de Steve McCurry mais aussi à la percée de ce modèle argentique dans la culture populaire. Appareil non-pro, sa robustesse et sa fiabilité en ont fait le parfait compagnon des reporters des années 80’s.

Observateur minutieux des conséquences de la guerre sur les populations civiles. Steve McCurry s’est récemment illustré avec le recueil « Lectures » qui retrace sa carrière sous l’angle des lecteurs dans le monde.

Et bien d’autres…

La liste des photojournalistes et reporters de guerre ayant fait du chemin un Nikon dans les mains pourrait encore s’allonger. Citons Don McCullin, (et le Nikon F qui lui sauva la vie en prenant une balle à sa place !) ou Christine Spengler (dont nous avions publiés l’interview à l’occasion de l’Opéra du Monde). N’oublions pas non plus Gilles Caron, le photographe français disparut en 1970 au Cambodge à l’âge de 30 ans. Il laissa derrière lui une fulgurante carrière et des témoignages saisissants de la guerre des Six Jours, du Tchad, mai 1968, Prague, le Biafra, le Vietnam…

Photographes de mode / Portraitistes

Jeanloup Sieff – né le 30 novembre 1933 à Paris – Mort le 20 septembre 2000

Le photographe de mode et de portraits qui a lancé beaucoup de vocations. Nombreux sont les photographes, tous genres confondus, interrogés dans le Mag à s’être réclamés de Jeanloup Sieff. Maitre tireur, il a capturé les plus grands modèles de son époque, toujours en noir et blanc. Ces images sont restées dans toutes les têtes. Il se lance dans la photo freelance en 1953 en collaborant avec les principales revues de mode de la presse des années 50 et 60 : Elle, Harper’s Bazaar, Queen, pour ne citer que les plus fameuses.

Lauréat du Prix Nièpce en 1959, il devient ensuite le collaborateur régulier de Vogue. En témoigne sa photographie d’Alfred Hitchcock manquant d’étrangler la mannequin Ina en 1962. Jeanloup Sieff développe des histoires, un style, une science de la composition qui font mouche dans le public. On se rappellera bien sûr de la photographie d’Yves Saint Laurent de 1971, qui fit scandale pour l’époque. Mais ce serait oublier tout un pan du travail de Jeanloup Sieff, ses écrits, ses autres passions comme les lieux de mémoire.

Ellen von Unwerth née en 1954 à Francfort-sur-le-Main en Allemagne

Ellen Von Unwerth aura contribué à ériger les modèles en super modèles dans les années 90. Première à photographier Claudia Schiffer, premier prix du Festival International de la photographie de mode en 91, la fameuse série Great Plain en 1993 dans Vogue. Ellen Von Unwerth a été mannequin avant de passer derrière l’objectif. Une expérience qui lui a toujours servi pour exprimer sa touche. Ses clichés de Vanessa Paradis ont fait le tour du monde. Son grain, choix de cadrages, son rapport aux ombres ont fait merveille pour redéfinir les standards de la photo de mode. Le dynamisme et la subtilité qui émanent de l’image se marient à merveille avec les intentions de la photographe.

Et bien d’autres…

Dans la lignée des plus grands photographes de mode et de portraits équipés de manière fidèle ou utilisateurs passagers de Nikon, citons aussi Linda McCartney. Elle illustra la scène musicale des années 60 avec Jimmy Hendrix, Les Rolling Stone, Les Beatles (et son mari Paul Macartney en toute intimité), Aretha Franklin. Sans oublier le photographe allemand Peter Lindbergh, lui aussi interrogé sur le Mag ou bien encore Paolo Roversi.

Peter Lindbergh que nous avions rencontré à l’occasion d’un article sur le Nikon D810 que nous vous invitons à découvrir « Peter Lindbergh, photographe de légende« .

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