L’ascension du Kilimandjaro avec Yohan Terraza

Reportage

Comme beaucoup de voyages, celui-ci a commencé par un « et si ». Et s’il allait grimper le Kilimandjaro ? Sans même y donner une raison autre que l’envie, faire l’ascension du Kilimandjaro c’est simplement faire plaisir à son esprit, parfois dans l’adversité et la difficulté. Yohan Terraza raconte cette aventure pour le Mag à travers son récit personnel et ses images.

L'ascension du Kilimandjaro avec Yohan Terraza

« Avant de partir, je m’étais mis la pression. Après tout, 60% des gens qui le tente chaque année ne parviennent pas au sommet, 1000 doivent être rapatriés d’urgence et 10 n’en reviennent jamais. Mais je me fichais de la statistique. Chacun est libre de son destin, alors j’étais libre de réussir. »

L'ascension du Kilimandjaro avec Yohan Terraza

« Je voulais ramener des images qui raconteraient le Kilimandjaro autrement que par son sommet mais plus comme un tapis qui se déroule sous les yeux du marcheur. L’une des contraintes est évidemment le poids. Bien que nous ayons des porteurs, nous avons à prendre en charge notre propre matériel photo et tout ce que nous voulons. Résultat, je pouvais profiter d’un petit sac de 10kg, ce qui tranche largement avec les poids que je me porte d’habitude en autonomie totale où je suis chargé à plus de 20kg. »

L'ascension du Kilimandjaro avec Yohan Terraza

« Côté matériel, Nikon m’a proposé de tester un Z 7, son 24-70mm f/4 ainsi que l’adaptateur FtZ. J’avais également emporté mon D850 et mon 70-200mm f/4 ainsi qu’un 20mm f/1.4 et un trépied. Avoir cette configuration me permettrait de pouvoir rapidement changer de focale sans avoir à monter un objectif dans la hâte car ici, tout les gestes sont mesurés. Bien que je ne parte que rarement avec un seul boîtier, c’était l’occasion de tester le dernier hybride de Nikon dans des conditions plutôt délicates. »

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« Je doutais un peu de l’autonomie du Z 7 (hybride oblige), mais même s’il ne tient pas autant que le fait un reflex, j’ai tout de même pu travailler sans problèmes de batteries, notamment en vidéo. Le viseur est clairement un gros plus pour voir en direct la photo (et donc s’économiser des prises de vues et par conséquent de la batterie) ainsi qu’en photo de nuit. Le poids m’a également permis de l’avoir toujours en bandoulière attaché à mon sac et disponible rapidement. Le technologie hybride est assez séduisante, il faut bien l’avouer. »

L'ascension du Kilimandjaro avec Yohan Terraza

« Monter le Kilimandjaro signifie passer par beaucoup d’environnements différents : forêts, bruyères, plateaux ténébreux, falaises brumeuses pour enfin toucher le toit de l’Afrique partiellement couvert de neiges plus si éternelles. La montée est imposée comme lente, très lente, afin de gérer au mieux l’acclimatation. On ne sait pas comment on réagit à la haute altitude tant que l’on a pas essayé et c’était là ma plus grande crainte, n’ayant jamais dépassé les 3800m. On passe dès le premier jour de 1800m à 3000m. Aucun problème. Le jour suivant, on atteint le deuxième camp à 3800m. Pas le moindre mal de tête mais le manque d’oxygène est flagrant. Il faut régulièrement reprendre son souffle et mon sommeil sera ponctué d’apnées. »

L'ascension du Kilimandjaro avec Yohan Terraza

« La journée du lendemain sera par conséquent un peu plus difficile avec une première acclimatation à 4600m. Étrange sensation que d’être à cette altitude, comme groggy et essoufflé par la moindre pensée. Le camp suivant sera lui à 3900m. Le paysage est désertique, comme mort et hypnotique. Certaines plantes pavanent face à si peu de concurrence du vivant. »

L'ascension du Kilimandjaro avec Yohan Terraza

« Depuis le camp on peut facilement contempler ce qui attend le marcheur dès le lendemain : un mur abrupte qui rappelle que nous avons autant le droit d’être fascinés que d’être effrayés. Il me tarde de pouvoir grimper cette falaise mais je dois d’abord me reposer, le mal de tête m’ayant finalement un peu rattrapé. « The wall », comme les porteurs l’appelle, se franchi sans problèmes. Je reste toujours impressionné par la force et la constance des porteurs, qui plus est de la porteuse qui nous accompagne. Leur matériel est bien souvent de mauvaise qualité, leurs charges sont improbables et pourtant ils vous rattrapent et vous dépassent en vous esquissant un sourire d’encouragement. S’il on reste minuscule face à la montagne, on en demeure par plus grand face aux porteurs. Le sommet se dévoile parfois. Entres citadelles ténébreuses et paysages violents, je suis clairement entouré d’une sauvage dose d’inspiration. Je suis content de mes choix d’optiques, elles sont toutes deux qualitatives et légères ce qui est un critère impératif sur ce genre d’expédition. »

L'ascension du Kilimandjaro avec Yohan Terraza

« Karanga Camp, l’avant dernier camp me permettra de tester la photo de nuit avec le Z7. La couverture nuageuse se perce et la ville au loin de se dévoile. Ce moment est assez incroyable car il met en contraste deux univers bien différents : la rusticité de la montée et le confort de la ville en contrebas. Nous sommes à 3900m et la civilisation ignore notre existence alors que nous la contemplons comme faisant partie d’un tableau éphémère. Le sommet, lui, sera plus capricieux et timide à photographier. »

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« L’ascension vers le dernier camp commence et se fera sous un ciel beau et froid. Il faut boire pour éviter les maux de tête. A part un léger mal de tête l’avant veille, je n’ai rien et dors plutôt bien. La marche ressemble à un chemin de croix ou à un pèlerinage de par son allure lente et ses colonnes de marcheurs. Le camp est atteint en quelques heures et dévoile officiellement le sommet. Il est noir, impressionnant de force et d’histoire. J’ai peine à dérober mon regard mais les alentours étant tout aussi incroyables, je ne sais plus trop où donner de la tête. Le Kilimandjaro est un massif de 3 sommets et je peux apercevoir l’un de ses autres sommets sous des couleurs sanguines et aériennes. Nous sommes maintenant complètement isolés de la vallée. »

L'ascension du Kilimandjaro avec Yohan Terraza

« Le trac. Comme avant d’entrée en scène. C’est ce que je ressens ici et maintenant. La montée va débuter à minuit, elle sera froide, venteuse et durera plus de 7h. Une heure avant l’ascension finale, la tente est secouée par la pluie et le vent ce qui n’augure rien de bon. Mais la météo se calme et nous laisse respirer cet air maigre sous une lune bien vivante. La montée débute. Arrivé à 4810m, je me dis que je suis au sommet du Mont Blanc. Pourtant autour de moi, pas la moindre trace de neige. »

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« 5000m. Le chemin abrupte nous laisse découvrir les lampes des marcheurs devant tout, petites lucioles gonflées elles aussi par leurs envies de hauteurs. 5200m. Le mal de tête arrive et il est fort. Je croise des marcheurs que l’on aide à descendre. Ils n’ont pas réussi. D’autres sont assis et vomissent. La veille j’ai vu des hélicoptères passer. « C’est toujours pour une urgence » me dit Victor, le guide. J’ai froid, je ressens une pression dans mon œil droit ainsi qu’une douleur intercostale. 5500m. Je ne sais toujours pas si je vais y arriver car la véritable difficulté de cette ascension est sur cette dernière montée. Le reste étant presque une balade de santé. »

L'ascension du Kilimandjaro avec Yohan Terraza

« J’avance car c’est désormais tout ce que je peux faire. Je ne prend pas de photos, plus l’envie, plus la force. Et puis il arrive : sous une lumière rouge sombre le sommet se dévoile ainsi que ces cratères séculaires. La neige est là, l’émotion aussi. Je suis ému, fatigué, j’ai mal au crâne mais je suis là, bien vivant. Et pourtant je n’ai qu’une envie, redescendre. Je ne me sens pas très bien mais il faut atteindre le sommet. »

L'ascension du Kilimandjaro avec Yohan Terraza

« 5895m. Uhuru Peak, le toit de l’Afrique. Il n’y a pas plus haut ici. Les glaciers sont des falaises blanches et pures. Je n’en reviens pas. Je peux d’ailleurs affirmer qu’à ce moment précis, je dois tenir le Z7 le plus haut du monde (et le D850 aussi d’ailleurs). Eux ont tenu sans broncher ! »

L'ascension du Kilimandjaro avec Yohan Terraza

« La redescente sera longue car il faut atteindre un camp situé à 3800m. 14h de marche sans dormir dans la journée. Étonnamment, une petite nuit permettra de complètement récupérer. Quel plaisir de respirer à nouveau l’air épais des basses altitudes ! Le sommet m’a fait mal et pourtant je n’ai qu’une envie, me confronter à nouveau à la très haute montagne, plus haute, plus dure et plus violente. Comme je le dis dans le texte qui accompagne cette série sur mon site : Je n’ai qu’un regret, celui de ne pas avoir eu peur de mourir. »

L'ascension du Kilimandjaro avec Yohan Terraza

« J’admets que je cherche un combat, une confrontation que je n’ai peut-être pas trouvé là-haut mais qui m’a fait comprendre qu’il fallait par conséquent que j’allonge le pas vers de plus hauts sommets, vers ceux qui ne veulent pas pardonner. »

Yohan Terraza

"Je m'appelle Yohan Terraza, je suis photographe, j'aime mon métier qui fait mon histoire, et ma vie consiste justement à raconter des histoires. Retrouvez mon travail de photographe de paysages, de voyages et mes différents récits sur www.frenchoutdoorphotographer.com."

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  1. Fidele Chiodo dit :

    Bonjour
    Je vous félicite pour vos superbes photos elles sont vraiment magnigfiques
    D’habitude je n’accorche pas tout de suite aux photos mais là ….
    Cordialement
    CF