En excursion avec Yoann Olawinski
Interview

Il a 25 ans, il est photographe et il s’appelle Yoann Olawinski. En 2016, pendant l’été, il a décidé de partir sur les routes de France avec pour seuls compagnons, son chien et son Nikon D600. De ces 105 jours de périple, le jeune photographe a donné naissance à « L’excursion », un projet photographique qui met à l’honneur une France non fantasmée et authentique. Yoann Olawinski a pris le temps de nous en dire un peu plus sur ce projet unique de 3300 kilomètres.

En excursion avec Yoann Olawinski

Quelle était votre relation à la photographie avant « L’excursion » ?

Avant ce projet, la photographie était un loisir, un peu sérieux, mais un loisir cependant. J’ai un parcours académique assez classique, qui m’a toujours détourné de l’idée que la photographie pouvait être un choix viable. J’ai changé d’opinion à ce sujet quelques temps avant de partir, j’ai alors construit ce projet, cette idée d’un rite initiatique, à la fois photographique et humain.

En excursion avec Yoann Olawinski

Comment ce projet photographique a-t-il vu le jour ?

J’avais besoin d’associer la pratique photographique à un certain dépaysement et j’avais du mal à choisir un sujet d’étude plus sérieux que mes promenades quotidiennes. Au final, j’ai compris que le projet qui aurait peut-être le plus d’impact, serait d’étudier la France, une France qu’on croit connaître mais à laquelle on s’est habitué, qu’on ne regarde plus vraiment. Celle que l’on traverse sur l’autoroute sans jamais avoir l’idée de s’y arrêter. Cette France-là, un peu secondaire dans l’esprit, qui prend d’ailleurs de nombreuses formes.

Et puis au-delà de l’approche photographique, c’était pour moi, à la sortie de mes études, un moyen de trouver un certain dépassement, une mise en difficulté volontaire pour affronter mes peurs et l’adversité. Une sorte de rite de passage à l’âge adulte.

En excursion avec Yoann Olawinski

Comment s’est déroulée la mise en place de votre « Excursion » ?

J’ai préparé l’itinéraire, assez flexible d’ailleurs, pour avoir quelques repères. J’ai préparé mon matériel aussi en essayant d’alléger mon sac, faire le point sur ce qui me serait nécessaire. Le sac pesait quand même 20 kilos au départ, et une quinzaine à l’arrivée. Il faut dire que le matériel photographique m’était assez indispensable.

En excursion avec Yoann Olawinski

Aviez-vous des buts définis avec ce projet ?

L’idée était d’aller un peu partout, sans me faire confiance sur le choix des lieux. En marchant, l’itinéraire est fixe, on ne choisit pas de s’arrêter, on y passe, et les choses se présentent à nous. Je pensais qu’en marchant, en créant cette difficulté, je réussirais à obtenir le dépaysement que l’on obtient lorsqu’on voyage à l’étranger. Quand on voyage, qu’on ressent cet effet du dépaysement, tout nous semble extraordinaire, on a l’impression d’apprendre, sur nous-même, sur les autres, sur l’endroit. On observe, on est attentif à tout. J’ai donc pensé que reproduire ce dépaysement en France permettrait de produire une vision photographique originale sur celle-ci, et, plus encore, me permettrait de vivre une sorte d’expérience humaine un peu unique.

Cela dit, mise à part la volonté d’interroger les représentations que l’on peut se faire de la France et ma volonté de me dépasser un peu, il n’y avait pas vraiment de but au départ. Je suis parti, volontairement d’ailleurs, sans trop d’idées préconçues, je voulais voir. Je ne voulais pas simplement partir avec une conclusion en tête, et orienter mon expérience et mes photographies vers cette conclusion. Ainsi chacun y trouvera son message propre, à la fois dans l’expérience et dans les photographies. Je ne veux pas être trop prescripteur sur les réceptions de mes photos par les spectateurs.

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Comment choisissiez-vous les situations photographiées ?

Je contrôlais assez peu de paramètres : je ne choisissais pas l’heure pour la lumière, le lieu était défini par mon avancée dans la marche quotidienne, et les personnes venaient dans ce cadre, d’une façon un peu aléatoire. Tout venait à moi, et je n’étais ensuite que le moissonneur.

Je crois que la solitude de mes journées a été mon moteur pour aller discuter avec les gens que je croisais et réaliser leurs portraits. Chaque kilomètre de départementale me préparait pour le prochain village et les photos à prendre.

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Quelles étaient les réactions des personnes face à vos demandes photographiques ?

Elles étaient assez positives. En général, je trouvais une certaine réceptivité des personnes face à mon projet lorsque je le racontais, et il n’était pas bien difficile de les faire participer.

Evidemment, il y avait aussi des refus, de l’incompréhension. Qu’importe, ce sont les règles du jeu, cela ne sert à rien de les nier. Il y aura toujours des gens qui auront un peu peur d’être pris en photo, qui seront pressés, prudents, qui auront mille raisons de refuser. Mais il y a eu des gens qui m’ont accueilli chez eux, d’autres qui me prenaient en photo, qui essayaient de porter mon sac, j’étais finalement devenu le sujet d’études.

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Aviez-vous une « méthode » fil rouge pour chaque cliché ?

Je n’ai pas véritablement de fil rouge. Différents cas appelaient différentes méthodes. Parfois je m’arrêtais discuter avant de demander à prendre une photo, parfois je demandais directement à prendre une photo, et parfois encore je ne demandais rien et je prenais ma photo, comme un voleur.

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Quel est votre souvenir le plus marquant sur ces 105 jours ?

J’ai passé une chouette soirée à Saint-Clément, en Meurthe-et-Moselle. C’était un des soirs de match pendant l’Euro. Je me suis assis en terrasse, j’y ai été super bien accueilli. C’est une région difficile. Il y avait toute une industrie de la faïence, le cristal à Baccarat, l’industrie du bois dans les Vosges, tout cela survit encore un peu, mais difficilement. Malgré tout, dans ce cadre, l’ambiance, la vie du bar ce soir-là, entre deux mauvaises nuits en camping sauvage…

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Quel matériel avez-vous utilisé pour les prises de vue du projet ?

Je suis parti avec mon reflex Nikon D600, et un seul objectif, le 35mm f2, un vieux caillou qui fait très bien le travail. Il est léger et peu encombrant, ce qui correspondait parfaitement à mes exigences. Je voulais quelque chose d’accessible et de solide.

J’envoyais directement mes photos depuis le boitier sur mon téléphone, j’avais un petit clavier bluetooth pour pouvoir écrire mon journal sur mon téléphone. Une vraie station de travail indépendante.

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Après un projet comme « L’excursion », quelles sont les prochaines étapes pour vous ?

Après ce projet, j’ai été accepté en résidence artistique pour le festival Planche(s) Contact à Deauville. Alors, de nouveau, j’y suis allé avec, en tête, l’envie d’interroger nos représentations. L’exposition a débuté le 21 octobre et se terminera le 28 novembre !

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Yoann Olawinski

Il a 25 ans, il est photographe et il s’appelle Yoann Olawinski. En 2016, pendant l’été, il a décidé de partir sur les routes de France avec pour seuls compagnons, son chien et son Nikon D6000.

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