Dragonnier de Socotra : sur les traces de Marsel van Oosten

Reportage

Socotra est un site classé au patrimoine mondial de l’UNESCO au large des côtes du Yémen, considéré par certains comme le site du jardin d’Eden et réputé pour être une plaque tournante de la biodiversité dans la mer d’Arabie. Son nom vient du mot « Sanskrit » qui signifie paradis et plus du tiers de ses espèces de plantes ne se trouvent nulle part ailleurs. Le joyau de cette extraordinaire vie végétale est l’arbre nommé « Dragonnier de Socotra » en forme de parapluie, avec une sève rouge légendaire censée porter le sang des anciens. Mais, aussi idyllique que cela puisse paraître, Socotra est aux prises avec la guerre civile au Yémen et est inaccessible aux touristes depuis des années, les gouvernements ayant mis en garde de ne pas se rendre dans la région en raison du danger.

Dragonnier de Socotra : sur les traces de Marsel van Oosten

Qu’est-ce qui pousse un photographe de paysage à supporter des conditions extrêmes dans un endroit isolé, qui est aussi devenu une zone de guerre ? Voici ce que Marsel avait à dire.

« Je dois l’avouer : je suis un amoureux des arbres. Beaucoup de mes images de paysage les plus populaires comportent des arbres. Des emblématiques arbres en Namibie, des baobabs géants à Madagascar ou des cyprès en Louisiane, je suis toujours inspiré lorsque je les photographie. J’ai une approche esthétique forte dans mon choix de sujet : la beauté avant tout. Il y a un arbre spécial au sommet de ma liste depuis des années : le Dragonnier. Il a une forme incroyable, il est très photogénique et ne peut être trouvé que sur l’île de Socotra. »

Dragonnier de Socotra : sur les traces de Marsel van Oosten

Arriver là était un défi énorme pour Marsel. Il cherchait depuis des années à explorer toutes les options possibles mais il n’y avait aucun vol disponible et même les bateaux n’étaient pas autorisés. Tout à coup, les vols ont recommencé à fonctionner et il a sauté sur l’occasion. Mais pour y arriver, il devait atterrir au Yémen, avant de se rendre sur l’île, qui comportait également des risques. Tant de choses devaient être prises en compte avant même de sortir son appareil photo.

« Mon pays n’a pas d’ambassade au Yémen, alors si tout se passait de travers, je serais seul. Il n’ya pas d’installation médicale à Socotra, ce qui était une autre préoccupation. Je savais que nous ferions beaucoup de randonnées dans des endroits reculés et sur des terrains très rocheux. Et trouver une assurance pour se rendre dans une zone de guerre est un vrai défi. Enfin, si quelque chose arrivait à l’aéroport, car ce genre d’infrastructure est toujours l’une des cibles principales de toute guerre, je pouvais rester bloqué sur Socotra pendant très longtemps. »

Et, bien sûr, dans une région éloignée, garder son équipement sous tension pendant une expédition de deux semaines était un autre problème très important à anticiper.

«Nous allions camper sans électricité en dehors des villages la plupart du temps. Avant de rester en dehors du réseau pendant plusieurs jours, nous avons dû réfléchir à la façon de charger nos batteries, nos éclairages, nos ordinateurs portables, nos téléphones et nos drones. Nikon nous a aidés en fournissant une quantité important de batteries, nous n’avions donc pas à les charger. Tout le reste a été chargé avec l’aide de la batterie d’une voiture et des panneaux solaires. Comme toujours, la partie la plus importante de mes préparatifs était la prévisualisation – proposer des idées pour des images spécifiques. Si vous savez ce que vous voulez filmer, vous savez ce que vous devez apporter. »

Dragonnier de Socotra : sur les traces de Marsel van Oosten

Cela signifiait également qu’il fallait être le plus léger possible pour gérer le poids de son sac lors de longues randonnées dans les montagnes escarpées du Hajhir à la recherche des Dragonniers.

« Je savais que je photographierais différents paysages et que je ferais beaucoup de randonnée. Je voyage habituellement avec trois boîtiers, mais pour ce voyage j’ai décidé de voyager léger et de n’en prendre que deux : le D850 et le Z 7. Pour les objectifs, j’ai apporté le NIKKOR 20 mm f/1.8G ED, le 14-24 mm f/2,8G ED, le Z 24-70 mm f/4 S, le 70-200 mm f/2,8 G ED VR II et enfin le 500 mm f/5.6 E PF ED VR. Lors des randonnées les plus difficiles, je n’ai apporté que le Z 7 avec l’objectif NIKKOR Z 24-70 mm f/4 S et le 14-24 mm f/2,8 G avec l’adaptateur FTZ. La plupart du temps, le Z 7 me pendait au cou pendant les randonnées – c’est l’avantage de sa légèreté. »

Comme vous le verrez dans le documentaire sur le voyage de Marsel, atteindre les Dragonniers de Socotra a été le premier obstacle, car la malchance les a menacés tout au long du voyage, pneus après pneus crevés. Les longues randonnées ont été infructueuses, les arbres semblant de plus en plus insaisissables. Et malgré toute la préparation minutieuse, il y avait aussi des problèmes techniques.

The Dragon Blood documentary was shot entirely on the Nikon Z 6

Le documentaire « Dragon Blood » (Dragonnier de Socotra) a été entièrement tourné sur le Nikon Z 6.

« Nos défis étaient principalement liés à l’électricité, car nous voyagions dans des régions isolées sans électricité pendant des jours et des heures. Je voulais aussi faire de la photographie de nuit et du time-lapse, tous deux très gourmands en batterie. Sur mon D850, j’utilise toujours la poignée avec les piles rechargeables LI-ION EN-EL18c qui durent très longtemps. Le Nikon Z 7 utilise des batteries beaucoup plus petites et, comme il est sans miroir, il consomme un peu plus d’énergie qu’un reflex numérique classique. Mais je suis quand même impressionné par la durée de vie de ces batteries. Elles sont aussi très petites et légères donc je peux en mettre toujours deux de plus dans ma poche et je n’ai jamais à m’inquiéter. Voyager avec deux boîtiers signifiait également que je n’avais pas à changer d’objectif constamment. Socotra peut être très poussiéreux, sans service d’assistance Nikon à proximité pour nettoyer mes capteurs. »

Capturer le Dragonnier de Socotra

Il ne s’agissait pas seulement de trouver des arbres, mais bien de les trouver avec le bon fond. Marsel voulait replacer les arbres dans leur contexte, en les filmant sur une montagne, dans des compositions plus complexes ou près du bord d’un canyon. Cette image illustre son approche, avec une perspective très grand angle d’une branche de Dragonnier typique qui conduit votre œil vers le canyon et les montagnes en arrière-plan.

Dragonnier de Socotra : sur les traces de Marsel van Oosten

« Dans mes photographies, je me concentre sur des formes graphiques puissantes que je peux utiliser dans le paysage. Plus le sujet est large, plus vous pourrez créer vos compositions sans que cela se perde dans le cadre. C’est pourquoi j’aime tant les éléphants pour les photographies de ma vie sauvage et pour mes paysages, je préfère les arbres. »

Dragonnier de Socotra : sur les traces de Marsel van Oosten

Quand on lui a demandé de choisir une seule image qui était sa préférée du tournage, il a partagé :

« J’ai capturé celui-ci la nuit avec la pleine lune, de sorte que le paysage est éclairé par le clair de lune. Les tons sombres et relativement froids contrastent agréablement avec la lumière chaude venant de ma tente. J’adore cette petite touche de couleur au milieu du sol qui attire tout de suite l’œil. L’idée était de laisser lumière chaude de la tente illuminer l’arbre, qui se trouve être l’un des plus parfaits que j’ai trouvé. Je pense qu’il y a beaucoup de profondeur et d’ambiance dans ce plan, et que cette petite tente ajoute un sens à l’aventure. C’est aussi l’image que j’ai utilisée pour l’affiche du film documentaire. »

Dragonnier de Socotra : sur les traces de Marsel van Oosten

Les conseils de Marsel aux photographes en herbe

Nous voulions savoir ce que Marsel espérait de ce film et de ces images car il offre un regard sur une partie du monde que si peu d’entre nous auront l’opportunité de voir.

« Nous vivons à une époque où les gens voyagent plus que jamais auparavant. Des endroits complètement inconnus il y a dix ans sont désormais des lieux touristiques prisés. J’entends souvent les gens dire qu’il n’y a plus d’endroits sauvages sur cette planète, plus d’endroits à découvrir. Ce n’est pas vrai. Il reste encore beaucoup d’endroits où peu de gens sont allés auparavant mais c’est généralement pour une raison bien précise. La plupart du temps, ces endroits sont trop éloignés des sentiers battus et il faut beaucoup d’efforts pour y arriver, ou la situation politique les a isolés. Socotra est l’un de ces joyaux cachés que peu de gens ont visités et que peu le feront probablement. Il y a aussi un message de conservation: ces arbres sont menacés et leur avenir incertain. L’une des principales menaces est le changement climatique: l’île se dessèche et les arbres meurent. Les arbres sont également menacés parce que les agriculteurs qui laissent leurs chèvres errer dans la nature et mangent les jeunes arbres. Pour que la conservation de toutes les espèces réussisse, il faut commencer par créer une prise de conscience. Espérons que cela aidera. »

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Pour finir, nous avons demandé à Marsel les conseils qu’il donnerait à un photographe en herbe ou à un réalisateur de documentaires qui souhaite relèver un défi aussi important que celui-ci.

« La sécurité avant tout. Il y a beaucoup de destinations sur ma liste auxquelles je ne peux pas accéder parce que ce n’est pas sûr. Vous devez évaluer avec soin les conséquences possibles de votre visite. C’est formidable d’être passionné de photographie et de ne pas avoir peur, sans être stupide. Passez du temps à enquêter sur les risques et préparez-vous au pire. Il convient également de noter que les conseils de voyage émis par votre gouvernement peuvent être complètement différents de ceux d’autres pays et que les conseils de voyage peuvent ne pas être mis à jour régulièrement. Lisez les actualités, questionnez des habitants sur la situation et suivez la car elle peut changer soudainement. Lorsque vous décidez de visiter une destination difficile, assurez-vous également de respecter les règles à tout moment. »

Dragonnier de Socotra : sur les traces de Marsel van Oosten

Pour en savoir plus sur le travail de Marsel et son expédition, visitez le site www.squiver.com

Marsel van Oosten

Marsel van Oosten

Né aux Pays-Bas, Marsel van Oosten commence sa carrière dans la publicité. La photographie est à l'origine un moyen d'échapper au rythme soutenu de la vie publicitaire, mais un voyage en Tanzanie et des rencontres mémorables avec les animaux du Serengeti suscitent chez Marsel une passion pour la photographie animalière. Cinq ans plus tard, Marsel quitte la publicité pour devenir photographe à temps plein ; il ne l'a jamais regretté.

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  1. thierry beliard dit :

    beau reportage et tres belles photos en plus je ne connaissais pas apprendre en en prenant plein les yeux merci beaucoup

  2. Delpech Jean Pierre dit :

    Très bel article, merci pour ce partage avec des photos superbes, dans une région où je n’irai vraisemblablement jamais