Portrait de Thierry Suzan, photographe de l’instant

Portrait

Journaliste, photographe et auteur de deux beaux livres à succès, Thierry Suzan offre un regard étonnant et optimiste sur les mondes qu’il capture afin d’éveiller les consciences et d’inciter à la réflexion. Portrait d’un adepte de l’émerveillement.

Iceberg tabulaire, mer de Weddell, Antarctique.

En quinze ans de carrière, Thierry Suzan s’est fait un nom dans l’univers de la photographie. Il a parcouru plus de cent pays à travers le globe, pour la télévision (Thalassa, Faut pas rêver, Zone Interdite…) et pour la presse française et internationale (GEO, National Geographic, New York Times…). Ses explorations polaires sont comme une révolution douce qui offre au regard une palette de paysages surprenants qu’il nous invite à découvrir et à protéger. Pour ce grand reporter insatiable, le rêve et la poésie sont des moteurs essentiels qui permettent d’appréhender autrement l’avenir ensemble.

Manchots royaux, îles Falkland.

La beauté des mondes   

Thierry Suzan voue une passion pour le voyage depuis son adolescence. Avant de devenir ce photographe émérite, ce Strasbourgeois s’est essayé à de nombreux métiers : garçon au pair, cuisinier, chauffeur de personnalités, fermier dans un kibboutz, ingénieur du son pour le cinéma, musicien -sa grande passion-, journaliste reporter d’images pour la télévision. La quarantaine sonnante, il fait table rase et devient chasseur d’images. À la découverte des paysages grandioses, de la faune sauvage et des peuples autochtones, il sillonne les mers, les déserts, les terres pour mettre en exergue la beauté de ces contrées lointaines en s’affranchissant des conventions. Le rêve définit ainsi la dimension souveraine de son travail photographique.

Bébés manchots royaux, Salisbury Plain, Géorgie du Sud, Antarctique.

C’est lors de ses premières expéditions en Antarctique, confronté à des icebergs tabulaires (blocs détachés des plateformes de glaces), qu’il a la révélation. Dans ce monde « le plus sauvage de la planète », c’est le « choc », le « coup de foudre ». Très vite, il est attiré par ces régions polaires aux lisières de l’imaginaire. Réputé pour ses images empreintes de poésie, il nous montre des paysages « vivants », « éphémères » et « mouvants » qu’il nous invite à découvrir et protéger. « Sur le terrain, je suis désinhibé, je ne réfléchis pas » explique Thierry Suzan « Mon énergie se concentre sur ce que je vois. Car à l’arrivée, je veux un tableau. Je reste fasciné par les peintres, à l’instar de Turner que je considère comme le prince de la lumière. Chaque seconde est un moment de gagné ou de perdu. On vit quelque chose d’exceptionnel car on évolue dans des lumières irréelles, qu’on ne peut imaginer. En Antarctique, on ne sait jamais s’il fait jour ou nuit. Il n’y a pas de repère. On a l’impression d’être dans un monde incroyable ».

Icebergs tabulaires, mer de Weddell, Antarctique.

Capter l’instant

Thierry Suzan se révèle au public en 2015 à travers son premier beau livre Vertige polaire, centré sur la part de rêve des régions boréales et australes. Deux ans plus tard paraît en kiosque La beauté sauvera le monde, une première dans l’histoire du magazine GEO qui célèbre cette année ses quarante ans d’existence. Dans ce livre d’exception, il dévoile les secrets et les splendeurs de la planète. Des images majestueuses, issues de cinquante pays en marge du monde, qui ont été exposées au festival de Montier-en-Der, soutenu par Nikon. Parmi les plus emblématiques de son portfolio, Suzan évoque celle des huit-cent mille manchots royaux en Georgie du Sud, qui a recouvert l’immense verrière de la gare de Strasbourg à l’occasion de la COP 21. Mais surtout, celle du bateau (le lougre) entre deux icebergs prise à minuit dans la baie de Disko au Groenland, qu’il considère comme la plus représentative des mondes polaires : « Par son existence, elle raconte ce qu’est la photographie car tout est réuni ».

Manchots royaux, St Andrews Bay, Géorgie du Sud, Antarctique.
Goélette Rembrands van Rijn, Baie de Disko, Groenland.

Pour capturer ces moments d’émerveillement et de découverte, il privilégie le mouvement, qu’il soit en voiture, en zodiaque, en bateau ou en avion. « J’ai compris qu’il fallait que j’apprenne à travailler sans que je m’arrête. Je n’aime pas attendre la lumière. Ce qui m’intéresse, c’est de capter l’instant, la rencontre, la contemplation, le beau. Moins on a d’attente, plus on est surpris et plus on surprend l’autre ». Amateur de Nikon depuis toujours, il a démarré avec un FE, a enchaîné avec un D700, puis un D5 et travaille aujourd’hui avec un D850. L’extraordinaire prend ainsi vie dans ses clichés via des jeux de lumière, des perspectives, des couleurs vives ou des teintes chromatiques à dominance de bleu. « Nikon, c’est la fiabilité du matériel, surtout en zone polaire. On a besoin d’avoir confiance en son matériel. C’est un vrai lien, presque charnel. Les boîtiers tiennent le coup face aux écarts de température. Je ne travaille pas avec des grandes optiques, des longues focales ; je ne dépasse pas le 200 mm. Je prends du recul car j’ai besoin d’intégrer les éléments dans l’environnement ».

Manchots à jugulaire, Baily Head, île de la Déception, Antarctique.

Rêver à l’heure des inquiétudes

Ce passeur d’images immortalise ainsi ces horizons fascinants, quasi mystiques. Pour lui, le temps des explorateurs et des aventuriers est révolu. Aujourd’hui, il s’interroge sur les fondements de sa valeur ajoutée. « Je pense que tout a été vu, tout a été fait à l’image. Quand je revenais avec des photos d’Inuits du Groenland, la rareté même du support était une valeur ajoutée ; il s’agissait de la connaissance du monde. Maintenant, les gens ont internet, un engouement pour la photographie. Il y a une démocratisation des voyages. Que peut-on apporter de plus ? Il est important de le savoir dans la démarche ». Il ressent le besoin d’ouvrir la réflexion sur la place de l’homme et de l’animal dans son environnement. Sa vision reste bienveillante tout en témoignant des réalités : « Le regard que nous portons sur les peuples boréaux n’est pas le même que le leur sur nous et leur territoire. Par la force des choses, on les contraint à modifier leur mode de vie et leur comportement ».

Île de Vao, Vanuatu.
Bayou, Louisiane, Etats-Unis.
Antilopes, Jao Flats, Botswana.

Face aux bouleversements climatiques, à la biodiversité des espèces menacées, à la disparition progressive de la banquise, au tourisme de masse et à la démocratisation des voyages, Thierry Suzan garde pourtant espoir. De ces mondes en mutation et fragilisés, il prend conscience que le beau a un impact : « On déclenche les envies. Le tourisme en Antarctique était jusqu’ici contemplatif. Aujourd’hui, il y a un engouement avec les tour-opérateurs. Le touriste veut du fun, faire du trek, de la plongée, du jet ski. Qui peut leur interdire s’il y a de l’argent à gagner ? C’est ce qui m’inquiète car il n’y a pas de limite. Mais je reste convaincu qu’on aime ce qu’on trouve beau et qu’on défend ce qu’on aime. L’équation est simple pour moi. C’est le seul pouvoir que peuvent avoir les photographes. L’humain a besoin de rêver. Je ne pense pas que la planète soit en danger. Je ne peux pas dire à mes enfants que le monde sera foutu dans 20 ans. Il y a des problèmes, mais il faut aller au-delà du constat. Je pense que nous avons tous une conscience écologique, plus ou moins éveillée ».

Moines bouddhistes, monastère Mahandayon, Amarapura, Myanmar.
Pêcheur à l'épervier, rivière des Parfums, Vietnam.

Thierry Suzan prépare son troisième ouvrage, le plus beau livre polaire jamais publié dans l’histoire, prévu à la fin de l’année.

Thierry Suzan

Thierry Suzan

Thierry Suzan est Grand reporter. Photographe de l'instant , il travaille dans un respect absolu de l'événement tel qu'il est au monde.

son matériel

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  1. soldatic dit :

    extra ordinaire! cette beauté moi je l’ ai trouvé en Islande! j’espère vous montrer quelques photos ….un jour

  2. Gourcilleau dit :

    Superbe travail et images magnifiques, quelle belle lumière.