Les images suspendues de Raphaël Fourau
Interview

L’équipe du Mag a décidé de prendre de la hauteur et est partie à la rencontre de Raphaël Fourau, jeune photographe talentueux spécialisé dans les prises de vues sur corde. Ce spécialiste de l’image d’escalade et de sport outdoor, nous raconte son parcours, son amour de l’extrême et ses projets à venir.

Calanques de Cassis, France

Est-ce l’escalade qui vous a amené à la photographie, ou la photographie à l’escalade ?

L’escalade bien sûr ! J’ai commencé la photo assez tard, un peu par hasard. C’est pendant mes voyages avec des amis que j’ai fait mes premières photos. Je n’ai pas vraiment le cursus du photographe classique, je n’ai jamais suivi de formation. Je me suis formé sur le tas, sur le terrain.

À la sortie du bac, j’ai préféré apprendre un métier en relation avec ma passion pour l’escalade. Je me suis formé aux travaux acrobatiques pour devenir cordiste. Ces années passées, suspendu à plusieurs centaines de mètres du sol ont été décisives puisqu’elles m’ont permis d’être à l’aise en hauteur et d’évoluer sur des cordes en sécurité, un point primordial pour devenir photographe d’escalade.

La photo a débarqué au beau milieu de tout ça. J’ai commencé par avoir de petites publications à droite à gauche et je publiais mes photos sur le web. Quelques semaines plus tard je décrochais ma première commande et je quittais mon emploi salarié pour me lancer dans le grand bain. J’ai ensuite franchi rapidement les étapes. J’ai commencé à faire quelques belles publications dans la presse, puis des couvertures et j’ai accepté des commandes de plus en plus importantes, d’abord dans l’escalade puis dans d’autres domaines comme la danse, le skate…

Les images suspendues de Raphaël Fourau

Du coup l’escalade est loin d’être le seul thème que vous abordez dans votre travail ?

En réalité tous les autres shootings m’ont beaucoup appris et m’ont permis de prendre du recul sur ma façon de travailler dans l’escalade. Mais la grimpe reste le sujet qui me passionne et qui m’inspire le plus, j’ai encore beaucoup à apprendre. C’est un challenge permanent, il faut toujours progresser, en prise de vues évidemment, mais aussi en logistique pour préparer les expéditions, en déplacement sur les cordes, dans la façon de présenter son travail… C’est un boulot passionnant ! Je crois que le terrain est une bonne école si on sait se remettre en question.

Le comble est qu’aujourd’hui je grimpe de moins en moins pour moi, probablement parce que j’ai de plus en plus de commandes mais également parce qu’il est dur de maintenir une motivation constante. Après toutes ces années à arpenter les falaises, obsédé par l’escalade, je crois que j’ai aussi besoin d’explorer de nouveaux horizons, pour mon plaisir mais aussi pour aller jeter un œil à ce qui se fait dans d’autres univers photographiques.

Les images suspendues de Raphaël Fourau

Comment travaille t’on ses shootings quand on se retrouve à plusieurs mètres du sol avec pour seule sécurité une corde ?

Je travaille de manière assez spontanée, j’ai appris à m’adapter. Lorsque je ne connais pas la falaise sur laquelle je vais travailler, je fais des recherches pour comprendre sa configuration et étudier les différentes possibilités : orientation, inclinaison, couleurs. J’échange beaucoup avec les grimpeurs qui pour la plupart connaissent les contraintes et les exigences des photographes.

Camille Doumas,

Pour photographier les grimpeurs, dans neuf cas sur dix, nous évoluons sur des cordes statiques que nous fixons au sommet de la falaise. Le but du jeu est donc d’anticiper l’angle de vue que nous souhaitons afin de fixer la corde au bon endroit, car une fois là-haut, malgré quelques astuces, notre périmètre d’action est limité. Parfois, notamment lorsqu’il s’agit de travailler sur de grandes parois (trop hautes pour une longueur de corde), il nous arrive de devoir monter aux côtés des grimpeurs, encordés avec eux. C’est toute la difficulté de photographier ces sports comme l’escalade, le ski, le surf… il faut être à l’aise dans un univers plutôt inhospitalier.

Je suis persuadé que le meilleur moyen de faire de belles photos est d’être immergé avec le sujet. Il est possible de sortir une belle image d’escalade depuis le sol, ou une belle photo d’un skieur depuis un hélicoptère ou d’un surfeur depuis la plage, mais le cliché n’aura jamais la même puissance qu’une photo saisie à 300 mètres du sol, ou qu’un portrait après plusieurs jours d’efforts en montagne. Ces images-là ne se volent pas !

Ces dernières années, j’essaye d’axer un peu plus mon travail sur des expéditions ou des voyages à la découverte de nouveaux spots, isolés ou méconnus du grand public. Ce type de sujet demande un travail d’investigation plus poussé. On passe beaucoup de temps à glaner des informations sur internet ou auprès des locaux pour cerner les lieux qui nous intéressent, anticiper les meilleures fenêtres météo ou chercher des images.

Dans notre métier on a vite tendance à être obnubilé par la météo. Voyager dans des pays comme l’Islande m’a appris à relativiser, quoiqu’il arrive on parvient toujours à saisir une belle lumière et souvent dans les pires conditions.

Pouvez-vous nous parler d’un souvenir photographique qui vous a spécifiquement marqué ?

Il y en a eu plusieurs. En tant que photographe, on a la chance d’être aux premières loges lors de grosses performances, lorsque les grimpeurs franchissent les limites et donnent tout ce qu’ils peuvent. Nous sommes les seuls à voir ça, à voir les yeux déterminés d’un grimpeur qui s’apprête à enchaîner une voie, tous les autres sont restés au sol, plusieurs dizaines de mètres plus bas. Ce sont vraiment des moments forts.

Dans un autre registre, mon voyage en Islande l’année dernière m’a vraiment marqué. C’était tellement intense. Avant nous, peu de grimpeurs étrangers ont pris le risque de partir grimper là-bas, nous ne savions pas vraiment sur quoi nous allions tomber, ni même si la météo allait nous laisser faire ce que nous souhaitions. Au final, nos images et notre aventure ont fait le tour des rédactions françaises et étrangères.

Adrien Boulon, site de Hnapavellir

Nous avons vu des spots incroyables. Les grimpeurs locaux nous ont fait découvrir leurs terrains de jeu, même les plus reculés comme le spot des Vestrahorn, un immense chaos de blocs qui s’étend à perte de vue, coincé entre l’Océan et un massif austère de plusieurs centaines de mètres, noyé dans la brume en permanence. Nous étions des privilégiés, quasiment aucun grimpeur n’avait encore touché ce site incroyable. Nous avons suivi notre guide toute la journée, oubliant la douleur dans les doigts, l’humidité ambiante et le vent glacial pour tenter de grimper un maximum et ramener des images de ce lieu hors du temps.

Cascade de skolgafoss

L’ambiance était incroyable, une véritable sensation de grimper au bout du monde, dans un cadre aussi grandiose qu’inhospitalier… Le spot islandais par excellence ! J’en garde un souvenir très fort, mais je crois que j’ai rarement puisé aussi loin dans l’inconfort.

Vous travaillez avec du matériel Nikon, quels boîtiers et objectifs utilisez-vous ?

Mon premier boîtier était un Nikon, depuis je suis resté fidèle à la marque. La première qualité que je demande à mon matériel photo est de me suivre partout, dans les pires conditions, sans jamais me faire faux bond. Jusqu’à présent c’est un sans faute ! Je n’ai donc aucune raison d’envisager de changer de marque. Et puis j’apprécie l’ergonomie des boîtiers de la marque, elle est simple et efficace.

Après avoir usé un Nikon D610 pendant plusieurs années, je travaille depuis quelques mois avec le Nikon D750. J’en suis extrêmement content, c’est mon boîtier à tout faire : photos, vidéos, reportages, shootings produits. C’est un boîtier parfait pour mon usage. Il est léger, robuste, l’autonomie est impressionnante et bien évidemment il produit des images d’une très belle qualité.

Gérome Pouvreau, sur les orgues de Fludir

Côté objectif, je travaille principalement avec trois optiques : un 50mm F/1.8 qui est mon optique préférée, un 16-35mm F/4 et le terrible 70-200mm F/2.8 II. Ce trio répond à l’essentiel de mes besoins. Je pense que le 24-120mm F/4 devrait bientôt rejoindre la famille, c’est le zoom idéal pour les shootings qui exigent de partir léger.

Pour conclure, pouvez-vous nous dire quelques mots sur vos projets à venir ? 

Ils sont nombreux ! Je vais bien sûr continuer à arpenter les falaises. Je m’envole pour l’Irlande du Nord et ses spots d’escalade engagés, puis direction l’Italie et les célèbres Dolomites. Deux projets qui me tiennent particulièrement à cœur.

Les images suspendues de Raphaël Fourau

Et puis il y a le ski. Maintenant que j’ai un pied dans le milieu je compte bien y mettre le deuxième. Je vais guetter les chutes de neige de l’hiver prochain pour rechausser les skis au plus vite et traîner mon boîtier entre les sapins enneigés. J’ai des idées de sujets en pagaille !

Les images suspendues de Raphaël Fourau

Enfin, je travaille de plus en plus sur des projets vidéo au travers de notre collectif BartAs productions. C’est assez déroutant cette une nouvelle façon de faire de l’image mais c’est très intéressant et je vais m’y consacrer de plus en plus.

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Raphaël Fourau

"La photo est devenue, au fil du temps, le moyen de faire partager ma vision de l'escalade et du monde qui m'entoure au travers de mon objectif, une quête perpétuelle de l'instant ! Basé à Montpellier et spécialisé dans les prises de vues sur corde, je travaille essentiellement dans le domaine de l'escalade et des sports outdoor, mettant mon savoir-faire au service de la presse, des entreprises et des athlètes."

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