Originaire d’Annecy en Haute-Savoie où il vit toujours, Marc Daviet a commencé la photographie il y a 20 ans lors de sorties escalade entre amis. Depuis, il n’a jamais posé son appareil et petit à petit la photographie a pris de plus en plus de place dans sa vie jusqu’à en devenir son métier. Ce sportif de haut niveau, ancien membre de l’équipe de France d’escalade, partage son travail entre photos de sport en montagne, et photos outdoor – à la fois photographe de paysage et photographe d’action. Pour le Mag, il revient sur cette passion montagne qui ne l’a jamais quittée.

Alors que vous étiez sportif de haut niveau, vous pratiquiez la photo en amateur puis vous êtes devenu photographe pro. Comment s’est passée cette transition ?

Le passage de ma pratique de photographe amateur à une activité professionnelle ne s’est pas fait du jour au lendemain. Mes premiers contrats professionnels tournaient évidemment autour de l’escalade. J’ai commencé à proposer des reportages pour la presse spécialisée. Puis ensuite des fabricants de matériel de montagne comme par exemple la société Petzl, très reconnue dans le milieu, m’ont fait confiance. De fil en aiguille je me suis retrouvé à travailler pour d’autres clients et à faire des images dans des domaines autres que l’escalade. Maintenant je travaille autour des sports outdoor pratiqués en montagne : ski, alpinisme, trail running, escalade, randonnée, vtt, slackline, spéléologie…

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La palette est assez large ce qui est très plaisant. De cette façon, je ne m’enferme pas dans un seul type d’image et la mise en œuvre est souvent très différente. Je suis obligé de m’adapter à presque chaque shooting. Cela pourrait très certainement gêner certains photographes, mais cela m’empêche de tomber dans un certain « train-train » où l’on compose toujours la même photo.

Je suis totalement autodidacte, je n’ai suivi aucune formation ni aucune école. J’ai appris la photographie sur le terrain en essayant, en ratant, et en recommençant. Ce type d’apprentissage empirique a l’inconvénient d’être long et fastidieux, mais quand vous avez acquis une connaissance, vous pouvez la retranscrire très facilement et vous devenez plus performant sur le terrain. De cette façon vous pouvez vous adapter plus rapidement, ce qui je pense est un atout pour la photographie outdoor que je pratique.

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Ce choix de devenir photographe « montagne » s’est donc fait naturellement…

La montagne a toujours fait partie de mon univers. Je suis né à Annecy et j’ai habité très jeune à La Clusaz, une station de ski. Tous les matins, quand je levais la tête, j’étais entouré de sommets. Mes parents m’ont toujours emmené en montagne et mon père m’a fait découvrir la spéléologie vers l’âge de 10 ans. J’ai tout de suite accroché avec le milieu vertical, ce qui m’a emmené naturellement vers l’escalade. Le ski est également inscrit dans ma culture.

À force de pratiquer et d’évoluer dans le milieu montagnard, on apprend à le découvrir et à l’apprécier. Pour ma part je m’y sens bien, il agit sur moi un peu comme un aimant. À l’image de l’océan, la montagne fait partie des lieux où l’on ressent une réelle énergie.

On se sent vivre et y faire de la photographie est un réel plaisir. La lumière est sans cesse changeante et il est facile de jouer avec les ombres qui sont bien plus présentes que nulle part ailleurs. Les formes que l’on y rencontre sont également très attirantes. Les chaînes de montagnes forment de nombreux plans et les parois où les crêtes apportent des perspectives très captivantes.

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La montagne oblige-t-elle à travailler ses shootings de manière différente ?

Quand je fais des photos, j’aime bien inscrire l’acteur dans son milieu et la montagne s’y prête à merveille. Que ce soit un skieur, un alpiniste ou un « traileur », je trouve intéressant de montrer le lieu dans lequel cette personne évolue. De cette façon le paysage et l’action peuvent se répondre l’un à l’autre. J’aime également jouer sur l’échelle des personnes photographiées. Quand elles sont proches, on est dans le mouvement, quand elles sont éloignées, on est plus dans la contemplation et l’immensité du lieu.

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Pour mes shootings, il y a deux grands cas de figure. S’il s’agit d’une commande où le client cherche à mettre en avant un produit pour une publicité, un catalogue, un salon, j’ai tendance à réaliser les images dans un lieu relativement restreint mais qui offre de nombreux points de vue, tout en correspondant au brief demandé. Il m’arrive régulièrement de bivouaquer avec les athlètes sur le lieu même du shoot pour optimiser les belles lumières du matin et celles du soir. Si je dois faire des images à la verticale, je trouve un moyen pour accrocher une corde fixe afin de me déplacer plus facilement lors des prises de vue.

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Le second cas de figure correspond aux reportages pour la presse. A l’inverse des shoots produits, je suis tout le temps en mouvement car je dois suivre les personnes que je photographie. La légèreté du matériel transporté est alors très importante. Quand il s’agit d’un reportage technique, je suis souvent secondé par un guide de haute-montagne qui assure ma sécurité ce qui me laisse l’esprit un peu plus libre pour photographier.

Le reportage m’intéresse de plus en plus et j’aimerais y consacrer plus de temps. J’ai également commencé à explorer la vidéo en mélangeant photos, images animées et séquences vidéo. J’ai coréalisé un film nommé « Inside » où cette technique est présente. Le résultat est plutôt bien accueilli et je pense continuer à travailler autour de ce concept.

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Quel est votre souvenir photographique le plus fort ?

Difficile de répondre à cette question car ils sont nombreux, mais il y a en particulier deux reportages qui m’ont marqué.

Le premier s’est déroulé en Ecosse du côté du Ben Nevis, une montagne réputée pour l’escalade glacière. Je devais suivre pendant une petite semaine un groupe d’alpinistes et les conditions de prise de vue étaient vraiment dantesques. Pendant toute la durée du séjour, la pluie et la neige n’ont jamais cessé. Sur la paroi on n’y voyait rien, même les grimpeurs avaient du mal à trouver leur chemin. Le matériel était sans cesse recouvert de neige et de glace, ce n’était vraiment pas facile de faire des images. Une sacrée expérience !

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L’autre grand souvenir, c’est très certainement il y a deux ans lors d’une expédition au Groenland. Avec l’ensemble de l’équipe, nous nous sommes immergés en pleine nature pendant un mois pour gravir une grande face de granite. Pour rejoindre notre camp de base, nous devions emprunter l’un des nombreux fjords de la région. Lorsqu’au détour d’un iceberg, nous avons aperçu pour la première fois la paroi, cela a été un vrai choc visuel. Toute la chaîne de montagne se trouvait devant nous et son reflet dans l’eau était comme un miroir parfait, tous cela paraissait si irréel.

Vous travaillez avec du matériel Nikon, pourquoi ce choix ?

J’ai eu mon premier boitier Nikon en 2005. Il s’agissait d’un D70, c’était mon premier reflex. Je partais en voyage aux Etats-Unis pour y grimper, et à cette période le choix en reflex numérique abordable était très restreint. C’est comme cela que j’ai commencé à utiliser du matériel Nikon. Ensuite j’ai changé de boitier, je suis passé sur un D200, puis un D700. Cet appareil était incroyable et sa polyvalence correspondait vraiment à ce dont j’avais besoin.

Quelques soient les conditions, le matériel Nikon ne m’a jamais lâché, et pourtant il me semble que j’ai tout fait pour ! Quand on fait un shooting en haute-montagne, on ne peut pas prendre un second boitier de secours, c’est bien trop lourd, du coup si on veut ramener des images, le matériel doit être extrêmement fiable.

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Pour les images en haute-montagne, en ski de randonnée, partout où le poids est prépondérant j’utilise un D750. Pour un appareil full-frame avec une visée reflex, il est l’un des plus léger de sa catégorie. Son importante autonomie est également un point non négligeable. Pour les autres shoots comme le ski, le trail ou le VTT, j’utilise un D5. Ce boitier est incroyablement rapide et son autofocus ne cesse de me surprendre. J’aime également son côté robuste et je sais qu’il marchera quel que soit les conditions climatiques rencontrées.

Du côté des objectifs, quand je peux facilement emporter du matériel j’utilise la classique triplette 14-24, 24-70, 70-200 ainsi qu’un 50mm 1.4. Quand je dois être plus léger, j’emmène un 20mm accompagné par un 24-120 qui pour la montagne a un « range » très intéressant.

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Quels sont vos projets pour 2018 ?

J’ai quelques idées de photos et cette année j’aimerais vraiment prendre le temps de les concrétiser. Il n’est pas toujours facile de monter des projets photos personnels tout en les conciliant aux shootings professionnels. La disponibilité des différents acteurs, les conditions météorologiques et la bonne lumière font que tout ceci est fort aléatoire. Je projette de voyager aux Etats-Unis, en Islande ou au Japon pour aller trouver les lieux que je recherche. Je ne sais pas si ce cela se concrétisera cette année, mais dans un avenir proche je l’espère bien !

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Une exposition est également en projet. Je n’ai pas encore franchi le pas, mais cette année je vais très certainement m’y atteler.

Marc Daviet

Etant moniteur d'escalade, ouvreur en compétitions internationales et ancien membre de l'équipe de France d'escalade, cette connaissance du milieu me permet d'avoir un regard particulier, celui de l'acteur. Quand je suis derrière l'objectif, je ressens ce qui fait vibrer l'athlète. Faire des photos d’escalade, d’alpinisme ou de ski, c’est avant tout de longues journées partagées avec les athlètes, parfois dans de difficiles conditions. L’imprévu s’invite également au cours des séances photos et très souvent, c’est à ce moment là que l’on réalise la plus belle image, celle qui a un petit plus. La photo outdoor c’est également de fabuleux décors, tout particulièrement en montagne où la lumière change à chaque instant. Il faut alors savoir être à la fois photographe de paysage et photographe d’action. C’est tout cela, ces ambiances, ces petits moments que j’essaye de vous faire partager au travers de mes images.

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  1. ROUX Jean Claude dit :

    C’est une belle reconversion. Les images sont superbes. Bravo.

  2. Aunos Jean Claude dit :

    Fantastiques toutes ces images. Le talent, l’expérience, l’amour de la montagne, bravo et encore bravo!!!

  3. Christophe Galinier dit :

    Superbe interview avec des photos à couper le souffle

  4. Perrin dit :

    ah, avec 40 ans de moins….j’aurais aimé un tel « parcours » pour en tirer de magnifiques photos comme les vôtres.
    bravo !

  5. Battesti dit :

    Jolie parcours. Magie de l’instant, superbes images. Bravooooo

  6. Philippe RIGOREAU dit :

    Bonjour…. Sublimes images et reportage qui en dit suffisamment sur toi !!! Passionné d’images aussi…. et disposant de différents boîtiers…. passionné par la montagne également…. je reste exactement assis devant d’aussi beaux clichés !!!
    Acceptes, Marc, toute ma considération devant ton travail…. et d’images et de sportif accompli !!!
    Philippe…. Photographe Amateur

  7. Tristan Peirone dit :

    Superbe parcours!! Vous me mettez des étoiles dans les yeux, quel rêve autant d’expérience outdoor mélangés à la photographie. Bravo

  8. Sébastien Mamy dit :

    Cette interview ressemble à une grande publicité pour le D750. Or il se trouve que j’ai (eu) un D750 et je n’ai jamais eu un matériel aussi peu solide. En 1 mois l’écran au dos s’est fendu. Puis 1 mois après la fin de la garantie de 24 mois, la bague de changement d’objectif se coinçait une fois sur deux, puis 3 fois sur 4, pour enfin ne plus s’enclencher du tout: l’AF du 200-500 et du 24-120 ne fonctionnait plus. Enfin, dans mon sac (spécial appareil photo), l’écran s’est définitivement cassé. Nikon me demandait 400 EUR HT pour le réparer, pour un appareil qui vaut maintenant moins de 1000 EUR d’occasion.

    Je précise que je fais de la photographie de paysage et animalière depuis 10 ans, que j’ai également voyagé partout (désert, forêt, montagne) avec un Olympus E3 et un Hasselblad H4D 40 et que ces deux appareils n’ont jamais eu le moindre problème.

    Je suis particulièrement déçu de la mauvaise facture des appareils semi-pro de Nikon. Mais le service après vente me l’a bien précisé: les boitiers ne sont pas tropicalisés…