Progresser dans la photographie par la transmission avec Denis Dubesset

Interview

Observateur de nature, la photographie lui permet de vivre pleinement l’instant présent. Denis Dubesset est aujourd’hui photographe de reportage et auteur de plusieurs livres depuis 2012. Il invite ses lecteurs à développer leur créativité et à trouver leur propre identité photographique. Rencontre avec ce passionné qui partage avec nous son expérience et son regard.

Progresser dans la photographie par la transmission avec Denis Dubesset

Pourriez-vous présenter votre parcours en quelques mots ?

J’ai commencé (vraiment) la photographie en 2008. J’ai une formation universitaire en Histoire de l’Art et en archéologie qui m’a peut-être un peu servie dans cette aventure. Le premier domaine qui m’a fasciné est la photographie en gros plan. J’étais captivé, et je le suis toujours, par la possibilité de me servir de l’appareil photo pour observer les détails qui m’entourent. Je me suis donc progressivement spécialisé en macro et proxiphotographie de nature. En 2012, j’ai eu la chance de pouvoir publier un premier livre sur le sujet. Cela a sans doute été le déclencheur de ma professionnalisation. Aujourd’hui je propose mes services de photographe de reportage, j’expose mon travail personnel, je suis rédacteur occasionnel dans la presse spécialisée et j’ai publié quatre autres livres aux éditions Eyrolles. Les thèmes sont le cadrage, la photographie rapprochée, le minimalisme et le style en photographie. J’ai eu la chance que tous ces ouvrages soient traduits et diffusés dans divers pays d’Europe (Allemagne, Espagne, Italie), mais aussi au Brésil.

Progresser dans la photographie par la transmission avec Denis Dubesset

Pourquoi la transmission est-elle si importante pour vous ?

Avant mon premier livre, je n’avais pas d’appétence particulière pour la transmission. C’est en écrivant que j’ai constaté qu’il s’agissait là de quelque chose d’essentiel et de captivant. Je fais cette démarche avec altruisme et sincérité et avec la réelle envie que les lecteurs ou ceux qui s’intéressent à mon travail progressent et s’enrichissent.

La transmission et l’enseignement ne sont d’ailleurs pas aussi unilatéraux que l’on pourrait le penser. En partageant mes connaissances, cela m’incite à structurer ma pensée et en faisant cela, à réfléchir sur des aspects que je n’aurais peut-être pas abordés par ailleurs. Au fil du temps, mon style évolue et le fait de vouloir partager mon expérience me motive beaucoup dans ma recherche artistique. Cela me permet de proposer des thèmes originaux. Mes ouvrages portant sur le minimaliste et le style en photographie sont, à ce jour, les seuls concernant ces sujets en photographie. Dans mon livre sur la « macro créative » je propose aussi une manière plus originale d’aborder cette discipline, en mettant l’accent sur l’expression et la créativité plutôt que sur la technique.

C’est donc du gagnant-gagnant : en transmettant mon expérience, j’espère enrichir les lecteurs et cette démarche structure et motive mon travail personnel. En 2020, je poursuis cette aventure en lançant mon blog. J’invite d’ailleurs tous les lecteurs du Mag Nikon à s’y rendre afin de partager leurs impressions concernant les différents sujets qui y sont abordés.

Quelle est votre intention photographique?

La pratique de la photo rapprochée m’a emmené beaucoup plus loin que je ne l’aurais pensé, car je me suis progressivement éloigné de préoccupations « naturalistes » pour m’investir dans une démarche artistique plus contemplative. À force de voir la nature en gros plan, j’ai pris goût aux formes simples et graphiques, j’ai opté de plus en plus pour des compositions qui suggèrent plus qu’elles ne montrent. Par la suite, j’ai voulu transposer cette esthétique simple vers la photographie dite « classique », j’ai cherché à épurer mes compositions et à tendre vers un vocabulaire graphique minimaliste, même si ce dernier n’est pas exclusif dans mes images.

J’essaie de prendre des clichés dans lesquelles les spectateurs vont avoir envie d’entrer et projeter leur imaginaire. Ces motivations me mènent très régulièrement dans la nature, mais ce n’est pas un terrain de jeux exclusif. Pour moi, cela se concrétise par l’observation attentive de mon entourage afin d’y déceler un détail dans lequel je puisse trouver une émotion puissante.

Le fil rouge qui lie mon travail est le regard que pose l’humanité sur son environnement, qu’il soit naturel ou artificiel. L’homme vient de la nature, il l’observe, elle le fascine. D’une manière générale, l’humanité est consciente d’en faire partie, mais en la transformant et en la façonnant à son envie, elle s’en est extrait. Depuis, leur relation est parfois harmonieuse, parfois plus conflictuelle.

Quels conseils donneriez-vous à un débutant qui souhaite se lancer dans la photographie ?

Je lui dirais qu’il faut être patient, mais passionné. Il faut toujours aller dans la direction que nous dicte notre cœur, même si cela peut parfois sembler être à contre-courant. Cela peut paraître évident, mais beaucoup ont tendance à investir un domaine et/ou une esthétique parce que c’est la mode et qu’ils pensent qu’ils pourraient y rencontrer le succès. Ne jamais se trahir soi-même, accepter sa personnalité, ce sont deux bons principes à suivre.

 

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Faut-il selon vous travailler en premier lieu son regard ou sa technique ?

Évidemment, il me semble que le regard est le plus important. On constate d’ailleurs que beaucoup des plus grands photographes ne sont pas les meilleurs techniciens. Ils en connaissent assez pour faire les photos dont ils ont envie, voilà tout. La technique c’est un moyen, pas une finalité. Le meilleur conseil que je pourrais donner est de faire des photos, beaucoup de photos. C’est ainsi qu’on fait des choix et que notre regard s’affûte.

Je pense qu’il faut également s’intéresser aux travaux d’autres artistes. Des photographes, mais aussi des peintres, des cinéastes…etc. En faisant cela, on peut cerner les démarches qui nous inspirent et mieux définir notre univers graphique.

Quel est votre point de vue sur l’émergence des réseaux sociaux ?

Mon avis est un peu ambivalent. Le côté positif des réseaux sociaux est bien sûr la facilité avec laquelle nous pouvons diffuser nos images à des milliers de personnes en seulement un click. Quand on y pense, c’est quelque chose de fantastique qui donne une visibilité sans précédent.

La contrepartie est que les photos sont noyées dans une logorrhée numérique qui rend difficile l’appréciation des photos à leur juste valeur. On regarde passer un cliché au mieux quelques secondes sur un écran de smartphone, on like (ou pas) et puis on passe à autre chose. C’est un peu triste.

Un bon tirage sur papier est quand même le meilleur moyen d’apprécier les photographies. Se rendre à une exposition est un million de fois plus enrichissant que n’importe quel réseau social.

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Quel est votre rapport à la marque Nikon ?

J’utilise des reflex de la marque Nikon depuis mes débuts en photographie. J’ai commencé avec un D300, puis un D700 et un D800. J’utilise actuellement un D810 et un D750. Je dispose aussi de pas mal d’objectifs. Les boîtiers Nikon m’ont toujours convenu en raison de leurs performances superlatives, notamment au niveau de la qualité d’images, de la dynamique et des hautes sensibilités. L’ergonomie est également bien adaptée à mes grandes mains. Enfin, l’accessibilité des boutons et fonctions m’est très familière. C’est une bonne chose de pouvoir régler instinctivement les paramètres au cours des séances de prise de vue sans avoir à penser où ils se trouvent ou aller farfouiller dans les menus.

 

Progresser dans la photographie par la transmission avec Denis Dubesset

Quelles sont vos inspirations ?

En premier lieu je dirais la nature au sens large, qui par à travers sa lumière et ses graphismes est certainement ce qu’il y a de plus inspirant. Cependant, d’autres choses m’influencent beaucoup, comme la musique, le cinéma, la peinture et même la littérature. J’aime particulièrement l’esthétique de la peinture chinoise et japonaise et il me semble que cela se ressent dans mes images.

Progresser dans la photographie par la transmission avec Denis Dubesset

Quels sont vos projets pour la suite ?

Comme je l’ai déjà évoqué, je lance mon blog : www.33iso.com

Je compte y publier deux articles par semaines sur divers thèmes comme la créativité, le minimalisme ou la photographie rapprochée. Je donnerai aussi mon avis sur le matériel que j’utilise. Je proposerai enfin des formations sous forme écrite, mais aussi de stages et c’est donc sur 33iso que les différentes sessions seront affichées.

Je travaille en ce moment sur la réédition d’un de mes livres qui sortira en juin 2020 chez Eyrolles. Le thème est la composition photographique. Quelques années se sont écoulées depuis la première édition et mon avis sur certains points a sensiblement évolué depuis la première mouture. Je suis donc content de pouvoir retravailler sur cette publication. J’ai d’autres projets de livre en tête, mais il me faudra encore un peu de temps pour les concrétiser.

J’ai aussi l’envie de développer un peu plus la diffusion de mes photographies. Je suis donc à la recherche de lieux intéressants pour réaliser des expositions.

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Denis Dubesset

Photographe professionnel et auteur

son matériel

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  1. fiquet jean-yves dit :

    Ah ben on se retrouve dans ta sensibilité, des photos comme on a envie d’en faire !
    Malgré le confinement, un bout de jardin peut suffire pour peu que la lumière soit belle !
    Merci pour l’exemple !!!

  2. ROLAND MOOG dit :

    Fan de votre ouvrage sur la photo minimaliste, qui m’a appris autant que 60 ans de pratique amateur.

  3. herve dit :

    beau reportage en total accord !