Après une vaste exposition sous la Canopée des Halles au printemps, La Nuit tombe sur l’Europe de Samuel Bollendorff sera visible au Nikon Plaza du 13 au 24 février. Le photographe viendra raconter son projet et ses conditions de réalisation le soir de l’ouverture lors d’une conférence suivie de questions-réponses. Attention, les entrées sont limitées, pensez à réserver votre place.

C’est peut-être à cause des faux gilets de sauvetage. Vendus 10 dollars pièce à Izmir. En cas de chute, ils se gorgent d’eau et font couler à pic ceux qui les portent. Combien d’enfants entraînés au fond de la mer par le poids du gilet censé les sauver ? Je pense à Khaybar. Quand les douaniers grecs ont rejoint le bateau sur lequel il se trouvait, ils ont cogné sur la coque en hurlant : « Go back, go back ! ». Ils ont cogné si fort qu’ils l’ont trouée. L’eau s’est engouffrée. Dans les cris et les pleurs. Le bateau a fini par se retourner et onze personnes sont mortes. Dont huit enfants. Dans l’eau, Khaybar tenait son fils, il implorait les policiers, mais les hommes en uniforme riaient : « Débrouille-toi. Fuck you ! » Heureusement, un bateau turc est arrivé, alors les Grecs ont fini par prendre son fils, ils l’ont jeté sur leur pont, et puis, ils ont tiré aussi sa femme sur le pont. En l’attrapant par les cheveux. La nuit est tombée sur l’Europe.
© Samuel Bollendorff

Depuis plus de quinze ans, Samuel Bollendorff explore et mêle différents modes de narrations avec pour objectif de questionner la place de l’humain dans notre société contemporaine. Reconnu comme un des pionniers du webdocumentaire avec Voyage au bout du charbon (Prix Scam 2009), le photographe et réalisateur aborde l’actualité à contre-courant des images de foules qui abreuvent les médias et s’intéresse depuis plusieurs années au vide, au silence et à l’absence incitant les spectateurs à l’analyse et la réflexion. Après Le Grand Incendie, Visa d’Or 2014 du webdocumentaire, il s’est attaché à défendre la cause des migrants syriens et dénoncer la violence et l’inhumanité du traitement qui leur est réservé aux frontières de l’Europe. C’est le sujet de La Nuit tombe sur l’Europe que nous avons choisi de vous présenter pour inaugurer le Nikon Plaza.

En janvier 2016, au nord de la Grèce, la frontière avec la Macédoine s’est refermée elle-aussi. Condamnant la « route des Balkans », et laissant 46 000 enfants, femmes et hommes bloqués au milieu de l’hiver dans des conditions sanitaires déplorables, dans la pluie et dans le froid. Je pense à ce jeune volontaire anonyme décrivant Idomeni comme un cul de sac synonyme de désespoir et de misère où végètent des milliers de familles. Il les voyait jour après jour se transformer, perdre la raison, être avalés par ce camp inhumain. Ils manquaient de tout. Ils vivaient au milieu des ordures et des excréments. Ils devenaient parfois agressifs pour un peu de nourriture, un sac de vêtements ou quelques morceaux de bois. Leurs journées se résumaient à satisfaire les besoins primaires (boire, manger et se chauffer) et à attendre. Mais attendre quoi ?! La nuit est tombée sur l’Europe lorsqu’elle a laissé des enfants voir d’autres enfants mourir de froid.
© Samuel Bollendorff

Une absence qui en dit long

Pendant six mois, Samuel Bollendorff a parcouru la « route des Balkans » de la Turquie au Nord de l’Europe fixant son objectif sur des lieux de passage aujourd’hui vides et parfois oubliés. Chaque photo est associée à un texte qui détaille l’horreur, la peur des populations migrantes et la fermeté des gouvernements européens apportant une vision éclairée de la situation actuelle. Cette série de photographies exposées sur les larges écrans du Nikon Plaza s’accompagne d’une vidéo, plan fixe de 15 minutes sur la mer Egée sur lequel on aperçoit les côtes grecques. Elle est le support visuel du témoignage poignant de l’exil de dizaines de réfugiés auquel Catherine Deneuve a accepté de prêter sa voix. La vidéo, présentée à l’entrée du Nikon Plaza, s’achève la nuit tombée sur les côtes européennes.

Après la découverte du corps sans vie d’un enfant de 14 ans sur son train, un conducteur de la société Eurotunnel a écrit à sa direction. Dans sa lettre, il disait : « Là des barbelés, des policiers, des gens en armes, des chiens mais plus aucun arbre. Un tableau de guerre. Nous avons peur. Peur de commencer, peur de finir, peur de conduire, peur du devant, peur de percuter, d’écraser, d’électrocuter, de réduire en bouillie un pauvre hère, un déshérité, un maudit de la vie, un damné de la Terre. On roule comme on peut ! Non plus les yeux fixés sur les instruments de bord mais sur les abords, sur la voie, sur les alentours, priant secrètement pour qu’il n’y ait pas un désespéré qui se jette sur le train ! Voir surgir de jeunes migrants en tirant par les bras des bébés pour grimper sur le train, n’est pas facile à vivre. Voir des migrants sauter sur les trains en mouvement, rebondir dans tous les sens, sans vous parler du bruit... Combien de blessés encore ? Combien de morts ?»
© Samuel Bollendorff

Samuel Bollendorff en conférence

Le jour de l’inauguration, mardi 13 février, Samuel Bollendorff sera présent pour une conférence de 45 minutes dans laquelle il partagera son expérience, de la genèse du projet aux conditions de réalisation et de diffusion. Il abordera toutes les facettes de ce reportage réalisé en partenariat avec Amnesty International pour lequel il a pu compter sur le soutien de Nikon, du Fond de dotation agnès b., de la Mairie de Paris. La conférence sera suivie d’une séance de questions-réponses et d’un moment de discussion plus informel durant lequel il vous sera possible d’échanger avec le photographe. Organisée au Nikon Plaza, elle débutera à 19h et sera limitée à vingt personnes. Pour participer à cette soirée et réserver votre place, pensez à vous inscrire sur le lien présent en fin d’article.

Depuis plus de quinze ans, Samuel Bollendorff explore et mêle différents modes de narrations avec pour objectif de questionner la place de l’humain dans notre société contemporaine. Reconnu comme un des pionniers du webdocumentaire avec Voyage au bout du charbon (Prix Scam 2009), le photographe et réalisateur aborde l’actualité à contre-courant des images de foules qui abreuvent les médias et s’intéresse depuis plusieurs années au vide, au silence et à l’absence incitant les spectateurs à l’analyse et la réflexion.
© Samuel Bollendorff

Exposition « La nuit tombe sur l’Europe »
par Samuel Bollendorff, du 13 au 24 février

Nikon Plaza – 99 Boulevard Raspail, 75006 Paris : www.nikonclub.fr/plaza

Conférence de Samuel Bollendorff
le mardi 13 février à 19h

Inscription et information ici : Rencontre avec Samuel Bollendorff – Augmenter la photographie

Samuel Bollendorff

"Samuel Bollendorff, né en 1974, a été membre de l’agence Œil Public de 1999 à sa fermeture en 2010. Il appartient à cette génération de photographes qui s’est exercée au cours de sa formation à manier la forme et le fond."

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